dimanche 25 octobre 2009

Le «Dessein Intelligent» ou «Tu veux de la débilité tu vas en avoir»


Le «Dessein Intelligent» est sans doute une des arnaques pseudo-scientifique les plus débiles qui soit mais c'est hélas également une arnaque pseudo-scientifique ayant une grande influence ce qui rend cette farce à la con pour le moins inquiétante!

Mais qu'est que le Dessein Intelligent?

Simple le Dessein Intelligent c'est l'idée selon laquelle l'Univers, la terre et les divers êtres vivant qui peuplent cette dernière ont été créée par Dieu un concepteur intelligent.

Le plus amusant c'est que les tenants du Dessein Intelligent ne veulent pas qu'on les nomme «créationnistes», ben voyons c'est un peu comme si les membres du Klu Klux Klan demandaient à ce qu'on ne les nomme plus par le qualificatif «racistes».

L'«argument» le plus récurrent présenté par les tenants du Dessein Intelligent est celui de la complexité irréductible qui veut que certaines structures biologiques sont trop complexes pour avoir pu évolué. Et donc à partir de cela les tenants du Dessein Intelligent disent alors que ces structures biologiques ont donc du être créé par Dieu un concepteur intelligent.

Bien sûr vous vous en doutez déjà la complexité irréductible est un leurre pour une raison simple, elle ignore des principes évolutifs avérés depuis belle lurette.

Et oui c’est aussi simple que cela et cela démontre bien toute la malhonnêteté et la stupidité des créationnistes adeptes du Dessein Intelligent. Mais pour mieux comprendre la chose entrons d’avantage dans les détails en voyant quels sont les «arguments» (notez bien les guillemets) des tenants du Dessein Intelligent.

Mister Intelligent Designer dit: Il y des structures qui sont irréductiblement complexes nanaère !! Par exemple le flagelle bactérien est une structure super-complexe si on retire une seule protéine le flagelle ne fonctionne plus. Or statistiquement il est impossible que toutes les protéines constituant le flagelle se soit réunit d’un seul coup par chance, ce serait comme mettre les pièces d’un moteur dans un mixeur et espérer que le moteur s’assemble par chance !! L’Évolution du flagelle est impossible et donc il faut l’intervention de Dieu d’un Intelligent Designer Kikou looooooooooooool!!!!!!!

Réponse: Cette affirmation est la mamelle du Dessein Intelligent, une mamelle défendu bec et ongle par un clown nommé Michael Behe (voir photo ci-dessous), techniquement cette affirmation est également au mieux une démonstration d’ignorance crasse au pire un mensonge éhonté car comme déjà dit, ignorant des faits connus depuis belle lurette.



En effet aucun scientifique ne dit que les diverses protéines constituant le flagelle bactérien se sont mis ensemble d’un seul coup par une chance incroyable, cette affirmation n’est qu’un méprisable Homme de paille créationniste! Non le flagelle bactérien a bel et bien évolué graduellement par le simple ajout ou modification d’une seule protéine à la fois sans que cela ne viole donc les lois de la probabilité.

Mais donc comment cela a-t-il pu se faire graduellement puisque si on enlève un seul élément au flagelle celui-ci n’est plus du tout fonctionnel? En effet comment la sélection aurait-elle pu retenir l’assemblage progressif d’une structure totalement non-fonctionnelle tant qu’elle n’est pas complète?! Eh bien c’est simple en fait si l’on supprime des protéines au flagelle bactérien la structure fonctionne toujours mais simplement elle n’accomplit plus la même fonction.

Les tenants du Dessein Intelligent affirment que le flagelle n'a pas pu évoluer étape par étape comme la Théorie de l'Évolution l'exige puisque si l'on retire un seul élément au flagelle celui n'est plus du tout fonctionnel, or donc le flagelle n'aurait pas pu évolué étape par étape mais aurait du selon les tenants du Dessein Intelligent, avoir été assemblé d'un seul coup.

En effet les scientifiques ont remarqué que si l’on supprime quelques éléments au flagelle bactérien nous n’avons plus un flagelle mais une sorte d’appareil de sécrétion ou une sorte de seringue permettant à la bactérie d’injecter des substances dans d’autres cellules. Ensuite nous pouvons encore simplifier la structure pour au final n’aboutir qu’à un simple pore, en fait nous nous apercevons que l’ajout ou la modification d’une seule particularité à la fois permet d’aboutir à la formation de nouveaux appareils dotés de nouvelles fonctions, mais donc cela ne nécessite aucune chance miraculeuses.

Pour mieux comprendre illustrons cela en image.

Sur cette image nous observons les différentes étapes qui permettent d'obtenir à terme un flagelle bactérien complexe et pleinement fonctionnel, nous commençons au point 1a avec un simple pore, puis au point 2 nous arrivons à avoir un appareil excréteur qui par des ajouts de protéines et complexifications successives finit au point 4 par devenir un authentique flagelle.

Enfin pour comprendre encore d’avantage l'Évolution du flagelle bactérien voici une très intéressante vidéo qui explique clairement comment une structure aussi complexe que le flagelle bactérien a bien pu évoluer.



Ce type d’évolution consistant à changer la fonction d’une structure par une série de petites modifications ne s’observe d’ailleurs pas qu’avec le flagelle bactérien mais également par exemple avec l’Évolution des osselets de l’oreille moyenne des mammifères. Évolution que je vais donc expliquer le plus brièvement possible mais pour cela je dois néanmoins aller dans des détails assez techniques histoire de bien illustrer comment peuvent naître des structures complexes. Si cela saoule certains vous pouvez directement passer à la partie suivante de ce très long message.

Évolution d’une nouvelle structure: L’incroyable histoire des osselets de l’oreille moyenne

Les osselets de l'oreille moyenne des mammifères forment en eux même une structure pour le moins suprenante car comment ont bien pu évoluer de si petit os aussi remarquablement agencés et donc adaptés à la transmission sonore? Pour comprendre cela il faut tout d'abord rappeler ce que sont ces osselets et en quoi ils constituent une particularité propre aux mammifères.

Les osselets de l'oreille moyenne des mammifères sont sont le marteau (malleus), l'enclume (incus) et l'étrier (stapes). Si les reptiles possèdent eux aussi un étrier, le marteau et l'enclume sont eux une caractéristique propre aux seuls mammifères.

Pour mieux comprendre la différence entre les reptiles et les mammifères observons tout cela en image.


Oreille de Reptile



Oreille de Mammifères avec les Osselets de l'Oreille Moyenne



D’un point de vue évolutif les scientifiques savaient que les mammifères partagent de lointains ancêtres communs avec les reptiles.

Mais ce que les scientifiques savaient également de par l’observation d’embryons de mammifères c’est que deux des osselets de l’oreille moyenne, à savoir le marteau et l’enclume, se forment durant le développement de l’embryon puis du fœtus, à partir du cartilage de Meckel. Or le cartilage de Meckel n’est rien d’autre en fait que la future mâchoire inférieure des mammifères.

Voici une illustration du cartilage de Meckel durant le développement du futur enfant. On remarque ici que le futur marteau (malleus) et la future enclume (incus) sont encore attaché à la futur mâchoire inférieure, mais durant le développement ils s’en détacheront pour former de manière définitive le marteau et l’enclume de l’oreille moyenne tandis que le reste du cartilage de Meckel continuera à se développer pour former la mâchoire inférieur du nouveau-né, ce développement est d’ailleurs le même pour l’ensemble des mammifères.

Or comme les scientifiques savent que l’embryogenèse retrace souvent en partie les phénomènes évolutifs ancestraux, ils comprirent alors que le marteau et l’enclume devait donc être issus de l’os de la mâchoire inférieure des lointains ancêtres communs des mammifères et des reptiles.

Mais les scientifiques étaient cependant alors confrontés à un problème majeur.

Comment des os spécialisés dans l’articulation de la mâchoire ont-ils donc pu ainsi abandonner leur fonction première pour devenir des osselets de l’oreille moyenne?

Eh bien la réponse à cet épineux problème est venu de l’analyse des fossiles des plus anciens amniotes (les premiers vertébrés terrestres) dont faisaient parti les ancêtres communs des reptiles et des mammifères. En effet les scientifiques remarquèrent que ces ancêtres communs, à l’instar des reptiles actuels, possédaient une articulation de la mâchoire différente de celles des mammifères.

Chez ces lointains ancêtres (et chez les reptiles actuels également d’ailleurs) la mâchoire s’articulait sur des os différents que ceux des mammifères.

Chez les reptiles la mâchoire s’articule notamment sur l’os articulaire et l’os carré tandis que chez les mammifères la mâchoire s’articule sur la mandibule (mâchoire inférieure) et l’os squamosal (voir les images ci-dessous).

Or chose intéressante si l’on observe la position de l’os articulaire et de l’os carré des reptiles avec le développement du cartilage de Meckel mentionné plus haut, on s’aperçoit que la position de l’os articulaire correspond à la position marteau (malleus) et l’os carré correspond à la position de l’enclume (incus).

Cela signifie que le marteau et l’enclume ont du évolué respectivement à partir de l’os articulaire et de l’os carré des lointains ancêtres des mammifères.

Cela signifie que les osselets de l'oreille moyenne des mammifères sont issus des os de la mâchoire de leurs lointains ancêtres «reptiliens».

Maintenant les scientifiques comprirent donc comment s’est fait l’Évolution des osselets de l’oreille moyenne des mammifères et l’expliquèrent de la manière suivante.

1. L’os articulaire et l’os carré de nos lointains ancêtres servaient bel et bien d’articulation de la mâchoire. Cependant ces os étaient déjà situé originellement à proximité du conduit auditif. Ainsi ces os pouvaient donc déjà capter les vibrations sonores et donc participer de manière certes limité mais néanmoins sensible, à la transmission sonore dans le dit conduit auditif. (D’ailleurs certains animaux se servent aussi de leur organes abdominaux comme récepteurs sonores. Nous-mêmes en sommes d'ailleurs en partie capables car nous sentons tous nos tripes vibrer lorsque quelqu’un tape suffisamment fort sur un tambour).






2. Par la suite l’os articulaire et l’os carré ont commencé à se spécialiser d’avantage dans la transmission sonore en rapetissant et en migrant dans le conduit auditif tout en continuant de faire office d’articulation. Mais donc en même temps une deuxième articulation de la mâchoire faisait peu à peu son apparition et elle s'articule avec la mandibule et l’os squamosal, il s’agit de la futur articulation de la mâchoire des mammifères. Ainsi les formes transitoires disposaient d’une double articulation de la mâchoire.





3. Peu à peu l’os articulaire et l’os carré abandonnait totalement leur fonction d’articulation et ont finit par former respectivement le marteau et l’enclume des mammifères.





Donc les scientifiques savaient que les formes transitoires devaient disposer d’une double articulation de la mâchoire. Mais il y avait encore un dernier problème à résoudre car lorsque les scientifiques proposèrent ce scénario évolutif pour l’Évolution des mammifères aucun fossile transitoire disposant d’une double articulation de la mâchoire ne fut retrouvé.

Mais cela allait bientôt changer avec la découverte d’un vaste clade d’animaux nommé Cynodontes. Les Cynodontes constituent un vaste ensemble d'espèces étroitement apparentées et appartenant eux mêmes à un ordre nommé Thérapside plus communément appelé «reptiles mammaliens» en raison même de leur caractère transitoires!

Les Cynodontes sont de magnifiques formes transitoires puisque au fur et à mesure que les différentes espèces de Cynodontes se succèdent avec le temps nous voyons l’os articulaire et l’os carré se changer en marteau et en enclume. Et nous voyons également peu à peu la nouvelle mâchoire typique des mammifères remplacer l’ancienne mâchoire «reptilienne»!

Sur cette image nous voyons comment deux des os de la mâchoire des lointains ancêtres «reptiliens» des mammifères (ici les pélycosaures au bas de l’image) se sont transformés en osselets de l’oreille moyenne chez les cynodontes en aboutissant au final à la configuration mammalienne typique, configuration qui est également la nôtre. (Cliquez pour agrandir l'image)

Donc voilà voilà pour cet exemple d’Évolution d’une nouvelle structure. Si je me suis permis de pondre un tel pavé sur le sujet c’est parce que cet exemple détruit à lui seul l’ensemble des thèses créationnistes voulant que l’Évolution ne peut pas aboutir à la naissance de nouvelles structures. Par ailleurs cela réfute en même tant une autre connerie à savoir celle voulant qu’il n’y a pas de fossiles transitoires. Ben oui vu que nous avons là l’exemple de l’Évolution d’une nouvelle structure étayée par de nombreux fossiles intermédiaires à savoir ceux des cynodontes.

Maintenant passons à une autre connerie typique des tenants du Dessein Intelligent, une connerie tellement énorme qu’elle mériterait une série de coup de pieds au cul sur la place publique.

Mister Intelligent Designer dit: Il n’existe en réalité aucune mutation réellement positive car en fait aucune mutation n’ajoute de l’information au génome. Par exemple les bactéries qui résistent aux antibiotiques ne sont devenus résistantes que parce qu’elles ont été victimes d’une mutation ayant supprimé une enzyme qui permettait à l’antibiotique d’«entrer» dans la bactérie et donc de la tuer, mais donc il s’agit de la suppression d’une enzyme, c'est-à-dire de la perte d’un caractère, de la perte d’information génétique. Les mutations ne peuvent donc que faire décroître l’information du génome et en aucun cas en ajouter, l’Évolution de nouvelles protéines de nouvelles structures est donc impossible et donc il faut l’intervention de Dieu d’un Intelligent Designer Kikou looooooooooooool!!!!!!!!

Réponse: Cette affirmation n’est qu’un mensonge éhonté qui comme déjà dit, mériterait une bonne séance d’humiliation sur la place publique tellement c’est con!

Mais bon les tenants du Dessein Intelligent n’ont pas peur du mensonge et de la connerie puisque c’est même leur fond de commerce.

En effet beaucoup de cas de résistances aux antibiotiques se font, si l'on peut dire, par la perte d’un caractère mais en Évolution la perte d’un caractère peut parfois également être positif. Mais contrairement à ce que disent les tenants du Dessein Intelligent l’apparition de nouveaux caractèrex a également été observé.

Prenons un exemple simple chez les bactéries, à savoir ici l’apparition d’une nouvelle enzyme permettant à une bactérie de digérer le nylon.

En fait cette nouvelle enzyme est apparue par mutation sur une séquence d’ADN dupliquée (voir image ci-dessous), ce qui signifie qu’il y a eu ajout de matériel génétique, puis mutation sur cet ajout. Cette mutation permettant la synthèse d’une nouvelle enzyme conférant à la bactérie une toute nouvelle capacité.



Une duplication génétique représente un ajout de matériel génétique. Ainsi si la séquence dupliquée contient un gène synthétisant une protéine. il se peut qu'après la duplication l’organisme en synthétise ensuite d’avantage. Et si par la suite la séquence dupliquée mute il peut s’en suivre l’apparition d’une protéine différente et pourquoi pas d'une toute nouvelle protéine.

Donc adition de matériel génétique, nouvelle enzyme et nouvelle capacité!

Face à cela les créationnistes ont bien sûr totalement botté en touche car bien sûr ce seul exemple détruit totalement leur thèse neuneue voulant que les mutations ne peuvent rien amener de neuf et uniquement détruire ce qu’ils appellent «information».

En fait de multiples mutations impliquant parfois également des duplications ont été observé et certaines ont conféré des avantages adaptatifs importants aux organismes concernés. Il existe même des mutations positives chez les êtres humains comme par exemple une mutation protégeant ses porteurs des maladies cardiovasculaires au sein d’une petite population d’Italie. A ce titre si vous comprenez l'anglais je vous laisse consulter les quelques références au bas du présent message.

Bref le Dessein Intelligent n’est qu’un ramassis de conneries et pire encore de vils mensonges, le Dessein Intelligent est même d’avantage méprisable que le créationnisme pur et dur car beaucoup plus hypocrite. En effet un créationniste classique qui répète en boucle que l’Évolution c’est du caca parce qu’il ne croit qu’à la Bible ou au Coran à au moins le mérite d’être direct et de clairement exprimer la motivation de son rejet de la Science. Son rejet étant clairement motivé par son fanatisme religieux.

Mais le tenant du Dessein Intelligent, non! Le tenant du Dessein Intelligent se défend de toute motivation religieuse et prétend que s'il rejette l’Évolution par soucis d’objectivité! Le tenant du Dessein Intelligent pousse même le vice à l’extrême en prétendant qu’il n’est pas créationniste!! Et cela simplement parce qu’il dit concepteur intelligent en lieu et place de Dieu! Bref les tenants du Dessein Intelligent prennent vraiment les gens pour des cons et n’osent même pas assumer la connerie qui les caractérise. En cela je préfère mille fois un créationniste évangéliste ou islamiste qui exprime en toute franchise son créationnisme d'attardé et pourtant Dieu sait combien je méprise le fanatisme religieux de ces derniers.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur les tenants du Dessein Intelligent et les multiples conneries qu'il répètent constamment en boucle. Mais je vais m’arrêter là car si on devait s’attarder sur la montagne de conneries qu’ils débitent sur le net et ailleurs on en aurait pour une série de 300 encyclopédies de 10'000 pages chacune. Et cela d’autant plus souvent que pour réfuter une connerie de la plume d'un créationniste il faut qu’on refasse entièrement l’éducation de ce dernier! Comme l’a dit un type avec qui je causais sur un forum de discussion, c’est là une des loi fondamentale de la bêtise, c'est-a-dire que souvent la réfutation d’une connerie demande un pavé d’explications car on est alors obligé de tout reprendre depuis le début. Normal puisqu'il faut refaire l'éducation du débile qui a sortie la connerie en question.

C’est là tout la puissance de la connerie créationniste, c’est tellement con qu’on bout d’un moment on se demande vraiment si ça vaut la peine de perdre son temps de tout leur ré-expliquer de A à Z et bien sûr vous pouvez d'avance être sûr qu'ils ne tiendront pas compte de ce que vous avez eu la gentillesse de leur expliquer et répéteront en boucle les mêmes conneries.

Références:

Gérard Cobut 2009, Comprendre l'Évolution 150 après Darwin, Éditions de boeck 2009

Neil Shubin 2008, Your inner fish, A journey into the 3.5- billion-year history of the human body, NewYork: Pantheon Books 2008

Stephen Jay Gould 1996, Comme les huit doigts de la main, Édition du Seuil 1996

N. J. Matzke 2003, Evolution in (Brownian) space: a model for the origin of the bacterial flagellum, Talk Design

Renyi Liu and Howard Ochman
2007 Stepwise formation of the bacterial flagellar system, PNAS

Dave Thomas 2004, Evolution and Information: The Nylon Bug New Mexicans for Science and reason 2004

Christoph Adami, Charles Ofria, and Travis C. Collier 2000,
Evolution of biological complexity, PNAS 2000

Susumo Ohno 1984, Birth of a unique enzyme from an alternative reading frame of the
preexisted, internally repetitious coding sequence
, PNAS

Celeste J. Brown, Kristy M. Todd, and R. Frank Rosenzweig 1998, Multiple Duplications of Yeast Hexose Transport Genes in Response to Selection in a Glucose-Limited Environment, Oxford Journals, Molecular Biology and Evolution 1998

J., Y.-P. Zhang and H. F. Rosenberg, 2002, Adaptive evolution of a duplicated pancreatic ribonuclease gene in a leaf-eating monkey, Oxford Journal, Molecular Biology and Evolution, Nature Genetics 2002

Ian Musgrave, Steven Pirie-Sheperd and Douglas Theobald 2003, Apolipoprotein AI Mutations and Information: A reply to Answers in Genesis regarding the Apo AI Milano mutation, TalkOrigins
Thomas D. Schneider 2000, Evolution of biological information, Oxford University Press Nucleic Acid Research 2000

dimanche 11 octobre 2009

Les «Races Humaines» (on va niquer ta race)

Voici un sujet souvent sensible car renvoyant à des aspects particulièrement douloureux de l'histoire et même à des controverses sociales tout ce qu'il y a plus d'actuelles.

Les «Races Humaines» ou le bal des confusions

J'ai eu des discussions enflammées avec des personnes pour qui les «Races Humaines» existent et qu'il serait donc stupide de dire que celles-ci n'existent pas car cela reviendrait à nier la diversité de notre espèce. Cette confusion est assez commune et consiste à dire que s'opposer à la notion de «Races Humaines» revient à nier la diversité génétique humaine, ce qui est bien sûr totalement faux.

Ce genre d'objection est parfois le fait de personnes respectables et de bonne volonté qui n'ont rien de racistes. Par exemple un biochimiste sympathique mais borné nommé Laurence A. Moran affirme sur son blog que les races existent et que le nier est stupide puisque selon lui aussi nier l'existence de races reviendrait à nier la diversité génétique au sein de notre espèce, Laurence A. Moran n'est pas raciste mais ce qu'il dit est bien sûr totalement faux.

Sur le site rationalisme.org auquel je participe un joli dossier a été pondu à ce sujet de manière à répondre aux divers objections, aussi je poste ici quelques extraits de mise au point quand à l'existence des soit disant «Races Humaines».

En termes biologiques, lorsque l'on ne se résoud pas à accepter l'amalgame réunissant toute subdivision sous un même terme faussement synonyme, une race est une variété obtenue par sélection et croisements endogames, afin de conserver les caractères désirés. Les éleveurs ont donc fixé certains caractères morphologiques et comportementaux par des croisements consanguins successifs, qui les rendront aussi "homozygotes" que possible, en excluant de la lignée domestique les variantes non opportunes (= sélection et croisements). C'est ce procédé qui a permis de créer les différentes races de chiens, chats, chevaux, les variétés de pommes de terre, etc. A force de sélection et croisements endogames, les variétés de rats de laboratoire sont pour ainsi dire des quasi clones, tellement ils sont similaires au sein de leur propre variété... Une race est ainsi obtenue artificiellement, par "main d'homme", et ses caractères sont ensuite maintenus par un isolement génétique du reste de l'espèce souche, tout aussi artificiellement.

A
insi, rien que par la bonne compréhension du concept de races, on peut déjà affirmer qu' il n'existe pas plus de races humaines qu'il n'existe de races de corneilles américaines, de lions d'Afrique ni de dauphins des anciens. Puisque notre espèce ne se reproduit pas de cette manière sélective et consanguine, typique à l'élevage, et qu'aucun isolement génétique n'est fonctionnel entre populations humaines ; le concept de races est donc à réserver à ces variétés d'espèces domestiques bien connues, qui toutes ont (ou ont eu) une souche sauvage d'où elles furent créées artificiellement.

Objection : Il existe des sous-espèces chez les animaux, c'est reconnu par tous les scientifiques. Si des sous-espèces existent chez les animaux à l'état sauvage, pourquoi des races (sous-espèces) n'existeraient-elles pas aussi chez les humains ?

Cette objection joue notamment sur la confusion entre deux sens du mot "races", bien différents l'un de l'autre : "races" est souvent utilisé pour désigner des sous-espèces, voire des espèces, particulièrement chez les anglo-saxons. Or même en acceptant une synonymie « races = sous-espèces », cette objection n'en serait pas une : l' Homo sapiens, tout comme le rat surmulot (Rattus norvegicus) ou la mouche domestique (Musca domestica) répandus eux aussi sur quasiment toute la terre, n'ont pas de sous-espèces connues.
Néanmoins, nous récusons cette synonymie entre races et sous-espèces, car ces deux termes différents correspondent à deux concepts différents - subtilement nuancés, - mais dont l'importance est déterminante. Dans les paragraphes au-dessus, nous avons déjà expliqué ce que race signifie. Récapitulons, et comparons maintenant races à sous-espèces :

Races: Variétés de l'espèce souche au pool génétique restreint, issues de procédés de sélections artificielles*croisements endogames successifs*isolement reproductif artificiel strict avec la souche naturelle et les autres variétés.
Résultante: tendances vers 1:1 d'homozygotie et 1:1 de proximité génétique interindividus.

Sous-espèces: Variétés géographiques de l'espèce (toujours interfécondes), issues de relatif isolement génétique (souvent géographique)*conditions environnementales/évolutives favorisant l'apparition de caractères distinctifs intergroupes.
Résultante: tendance hypothétique vers la spéciation (non accomplie), avec conservation de polymorphie génétique dans le groupe.

Ainsi, selon ces différentes définitions, très précises, écartant la polysémie du mot "races", les lions d'Asie et les lions d'Afrique sont des sous-espèces du Lion (Panthera leo) et non des races de lion. Bien d'autres espèces animales ont des variétés géographiques actuellement considérées comme sous-espèces, mais peu d'entre elles ont des races (issues de procédés d'élevage) : les différentes variétés de chiens sont, toujours selon ces définitions cadrant bien les différents concepts, des races de chien. Le chien étant, lui, la variété domestique de Canis lupus. Idem pour le rat noir et ses différentes races de laboratoire : elles ne sont pas des sous-espèces en tant que « pool génétique différent des autres », mais bien des races, en tant que "pool génétique restreint", résultant de l'exclusion des caractères indésirables et des autres procédés de reproduction endogame.
Ajoutons que plus que le concept lui-même, le statut de "sous-espèces" est à son tour souvent sujet à subjectivité, polémiques et mauvaises interprétations. Certaines sous-espèces traditionnellement considérées comme telles, parfois depuis le temps de Linné, gagneraient dans bien des cas à être qualifiées de « variétés géographiques » ou parfois même de « populations nicheuses », au cas par cas. Bien des sous-espèces disparaîtront de la taxinomie lorsque des analyses génétiques fines seront effectuées.

L'examen génétique des populations humaines démontre l'unicité, en mosaïque combinatoire, d'Homo sapiens sapiens, sans aucune sous-espèce actuelle ¬
La génétique des populations humaines fournit des résultats surprenants. D'un côté les études les plus récentes démontrent que l'être humain a une moindre diversité génétique que bien d'autres espèces (l'ADN de deux humains diffère d'une paire de bases sur 1000, tandis que ce serait de l'ordre de 1/500 chez le chimpanzé) et d'autre part, que la plupart de changements se trouvent entre deux individus, n'importe lesquels, de n'importe quelle origine "La proportion moyenne de différences de nucléotides entre deux humains choisis au hasard est systématiquement estimée entre 1/1000 et 1/1500. Cette proportion est basse, comparée avec beaucoup d'autres espèces, des drosophiles aux chimpanzés".
(7)
Ce casse-tête s'explique en partie par les vagues migratoires et un flux génétique constant. Comme déjà dit et répété, cela n'exclut pas l'existence d'un certain nombre de différences génétiques (et morphologiques) inter populations, des différences de fréquences, qui ont d'ailleurs été utilisées pour reconstruire l'arbre phylogénétique-migratoire des populations humaines. Arbres à ne pas mésinterpréter, d'une part comme reflets graphiques de (l'existe des) races humaines, ni d'autre part comme d'une phylogénie au sens strict : ces arbres sont construits à partir d'échantillonnages d'individus et de fréquences - de présence ou absence - de caractéristiques déterminées (échantillonnage ici aussi) : les résultats sont alors le reflet d'un mix entre migrations et proximité paléogéographique, rassemblements en agrégats ethniques bio-culturels, et leur cascade de flux et recombinaisons génétiques.

A) Arbre simplifié des populations humaines, sous une présentation classique par clades. Cet arbre est la synthèse d'une analyse génétique de 120 allèles polymorphes, parmi 42 populations. Il présente les relations de parenté/proximité entre populations. (L. Cavalli-Sforza et A. Piazza, 1988). Cet arbre n'est donc pas faux, il est scientifiquement correct puisqu'il représente les relations et distances moyennes qu'il lui est demandé de représenter sur les critères considérés.
B) Sur la base du même arbre ont été ajoutés (en rouge) une partie grossièrement esquissée des grands échanges de migrants entre populations. Plus complet, cet arbre comble graphiquement la lacune de l'arbre A, à savoir qu'il ne consiste plus en une simple fission de populations, valable pour représenter les relations entre taxons avec barrière reproductive accomplie mais peu démonstratif de la complexité de la généalogie des populations humaines - toutes interfécondes et le fruit d'échanges continus.
C) Toujours le même arbre mais encore plus complet et raffiné : on y superpose d'autres métissages interpopulations et flux génétiques.

On pourrait continuer avec un graphique D, puis E, etc. augmentant le réalisme et opacifiant encore plus la représentation... Mais l'idée et tendance se dégagent déjà dans le graphique C: "L'évolution des groupes humains peut être comparée aux bras d'un fleuve qui se séparent et se recombinent de nombreuses fois". Qu'est-ce qu'un Péruvien de Lima ? Le résultat d'une de ces recombinaisons de multiples bras : amérindien inca + sénégalais + espagnol de Séville ? Mais qu'est-ce qu'un espagnol de Séville ? Le résultat d'autres recombinaisons wisigoths, ibères, berbères, etc. Le natif de Lima est avant tout lui-même, une combinaison unique issue d'un puzzle de caractères...

S'ils sont utiles pour tenter de reconstituer les grandes lignes de l'histoire de notre espèce, les arbres de l'humanité ne montrent pas l'absence/présence de caractères déterminant une population, mais les mouvements et proximité relatives, bio-culturelles et géographiques de populations - par la fréquence de ceux considérés entre populations. Conséquence : "Lorsque le nombre de populations étudiées et que l'échantillonnage d'individus considérés dans chaque population est augmenté, on observe alors que seul existe un gradient de variation entre les extrêmes géographiques". D'autre part, ces tentatives de reconstitution phylogénique sont toujours victimes d'un certain passif culturel et de préconceptions du chercheur lui-même (!) qui s'immiscent à plusieurs niveaux, tant dans la méthodologie que dans l'interprétation de l'étude. On ne peut totamenet se débarrasser de ces intrusions à l'intérieur d'une espèce : l'hérédité biologique est quantitative et fractionnée, alors que les classements - même en populations très réduites - sont qualitatifs. Les catégorisations tranchées de l'esprit humain ne se concilient pas avec les gradients combinatoires biologiques naturels : "Chaque individu est génétiquement unique et présente une combinaison originale de caractères physiques et génétiques. On peut donc dire qu’il y a actuellement 7 milliards de races, ce qui ne sert pas à grand chose. Sinon, il est très facile de constituer des systèmes de races en donnant de l’importance à certains caractères et en oubliant les autres. Mais les multiples tentatives en ce sens montrent que la diversité humaine est telle que l’on obtient ainsi des classifications très différentes selon le choix des caractères utilisés. On peut retenir que la diversité génétique humaine varie de manière continue, d’une population à l’autre, principalement en fonction de la géographie, de l’histoire des peuplements et des conditions écologiques de leurs lieux de résidence passés et actuels. Ce que l’on appelait types raciaux autrefois ne constitue que les extrémités idéalisées d’une variation continue. Au sens scientifique, il n’y a donc pas de races chez les humains, bien que beaucoup de caractères varient d’un individu à l’autre. La situation est différente dans d’autres espèces où des populations ont été séparées pendant longtemps et a sans doute été différente chez les humains fossiles. Les Néandertaliens constituaient au moins une race et peut-être même une espèce différente."

Objection : Il existe maintenant des cartographies des maladies selon les races humaines, comme par exemple la maladie de Tay-Sachs, qui est très répandue chez les Juifs Ashkénazes.

Cette affirmation est le typique tissu d'approximations et de contrevérités où des éléments d'hérédité élémentaire sont déguisés en démonstration raciale.
Cette grave maladie génétique dite de Tay-Sachs, est autosomique récessive, et se développera chez les enfants homozygotes pour le gène incriminé. Les porteurs d'un seul allèle n'en sont pas affectés. Les Juifs Ashkénazes sont une communauté religieuse dont les membres sont d'origines diverses mais qui, par la coutume religieuse de mariages intra communautaires (des communautés souvent de petits effectifs), ont considérablement augmenté l'homozygotie du gène mutant. La fréquence habituelle de porteurs du gène est de 1/250, alors qu'elle est moyennement dix fois plus élevée dans les communautés ashkénazes. D'autres maladies génétiques récessives sont à leur tour plus répandues dans des petites populations ou communautés pratiquant le mariage intra communautaire que chez les autres. Rien de moins étonnant, puisqu'il s'agit d'une prédiction élémentaire d'hérédité mendélienne.
Il s'agit donc encore ici de fréquence dans les populations et non pas de "caractéristiques d'une race humaine" : cette fréquence très élevée de porteurs, et par conséquent des individus exprimant la maladie, se retrouve d'ailleurs chez d'autres populations tels que les Canadiens français et les Cajuns de Louisiane... Ajoutons que puisque cet allèle récessif est répandu - sous des fréquences diverses - dans toutes les populations, cela démontre autant l'aspect combinatoire des populations humaines que l'inanité de l'objection transférée en "démonstration raciale".

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